Actualité : Purins, ces préparations traditionnelles … interdites ?!

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Actualité : Purins, ces préparations traditionnelles … interdites ?!

Parmi les préparations traditionnelles on trouve les purins, les décoctions et les macérations de plantes utilisées depuis des lustres mais dont l’avenir était menacé par les produits issus de l’industrie pétro-chimique.

Petit rappel de la situation il y a environ 10 ans.

Le 1er juillet 2006, la nouvelle Loi d’Orientation Agricole (LOA) stipule que tous les produits utilisés au jardin doivent être homologués pour être vendus ou même simplement donnés. Sont mis dans le même panier les pesticides dangereux et les purins de plante, le plus connu étant le purin d’ortie. Ceux qui ne respectent pas la loi risquent jusqu’à 2 ans de prison et 75000 € d’amende.
Extrait de l’article de la loi d’application du décret : loi n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d’orientation agricole.
  • Art. L. 253-1. – I. – Sont interdites la mise sur le marché, l’utilisation et la détention par l’utilisateur final des produits phytopharmaceutiques s’ils ne bénéficient pas d’une autorisation de mise sur le marché ou d’une autorisation de distribution pour expérimentation délivrée dans les conditions prévues au présent chapitre.
  • L’utilisation des produits mentionnés au premier alinéa dans des conditions autres que celles prévues dans la décision d’autorisation est interdite.
  • II. – Au sens du présent chapitre, on entend par : « 1° Produits phytopharmaceutiques : les préparations contenant une ou plusieurs substances actives et les produits composés en tout ou partie d’organismes génétiquement modifiés présentés sous la forme dans laquelle ils sont livrés à l’utilisateur final, destinés à :
    • a) Protéger les végétaux ou produits végétaux contre tous les organismes nuisibles ou à prévenir leur action ;
    • b) Exercer une action sur les processus vitaux des végétaux, dans la mesure où il ne s’agit pas de substances nutritives ;
    • c) Assurer la conservation des produits végétaux, à l’exception des substances et produits faisant l’objet d’une réglementation communautaire particulière relative aux agents conservateurs ;
    • d) Détruire les végétaux indésirables ;
    • e) Détruire des parties de végétaux, freiner ou prévenir une croissance indésirable des végétaux ;
  • 2° Mise sur le marché : toute remise à titre onéreux ou gratuit autre qu’une remise pour stockage et expédition consécutive en dehors du territoire de la Communauté européenne. L’importation d’un produit phytopharmaceutique constitue une mise sur le marché.
On croit rêver !

En effet, un décret a été publié le 1er juillet 2006. Son objectif : bannir le purin d’ortie, ni plus ni moins

Apparemment, ce n’était pas une blague. L’affaire trainait depuis 2002 : une action du directeur départemental de la répression des fraudes du Maine-et-Loire entrainait la mise hors la loi de la vente de purin d’orties !

Depuis juillet 2006, un décret a corsé l’affaire : il est maintenant interdit de communiquer sa recette !

Ce décret permet en effet de punir de 75000 euros d’amende « la divulgation » des recettes de produits naturels non-homologués.

Objectif : obliger le consommateur à acheter de bons et légaux produits phytosanitaires. A quand l’interdiction du compost ?

Novembre 2006, en Haute Vienne,

Deux agents de la répression des fraudes contrôlent Benoit Ladrat fabriquant de purin de consoude, fougère, ortie et prêle récoltés sur ses terres. Dans le même temps, Eric Petiot est saisi de ses cours sur l’art de soigner les arbres fruitiers au naturel.

S’ensuit la «guerre de l’ortie» avec la création d’un collectif Ortie et Compagnie qui médiatise rapidement le ridicule de cette loi.

Ce tollé déclenche un deuxième épisode de la guerre de l’ortie, victorieux pour l’urticacée cette fois. Les députés s’émeuvent de l’agacement populaire et votent, dans le cadre de la loi sur l’eau, en décembre 2006, un amendement dit du  »purin d’ortie », accepté par le rapporteur du projet de loi. Cet amendement soustrait du cadre de la LOA ces fameux purins qui prennent désormais l’appellation plus aseptisée de «Préparations Naturelles Peu Préoccupantes» (PNPP) et renvoie à la rédaction d’un décret permettant une procédure d’homologation allégée.  »On y a travaillé pendant deux ans pour le voir aboutir de façon inacceptable car il fait référence aux réglementations de l’Union européenne qui rendent les procédures très complexes », explique Bernard Bertrand, porte-parole du collectif des Amis de l’ortie. C’est dans ce contexte qu’est créée l’ASPRO-PNPP, association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants fédérant associations, chercheurs et entreprises et la collectivité locale de Périgueux.

Le Ministère de l’Agriculture change rapidement sa position en précisant que «l’élaboration à la ferme ou au jardin de ces préparations ne nécessite pas qu’elles soient couvertes par une autorisation préalable».

Il est donc possible d’utiliser les extraits de plantes sans autorisation à condition qu’elles ne sortent pas de votre jardin, même si c’est pour les donner.

On peut trouver en jardinerie du purin d’ortie mais sous l’appellation «stimulateur de croissance» et en aucun cas de «fertilisant» ou «insecticide»

Des députés rédigent, dans le cadre de la loi sur l’eau fin 2006, un amendement demandant à ce que «la loi d’orientation agricole ne s’appliquer pas aux préparations naturelles qui relèvent d’une procédure simplifiée». Elles ne nécessiteront pas d’homologation comme les produits phytosanitaires de synthèse. Il faudra attendre que le texte de loi soit adopté à partir de fin 2007…

Donc pour vos purins, décoctions, macérations ou infusions, le mot d’ordre est de les appeler des «stimulateurs de croissance» !!!

Il faudra en fait attendre … 2014 (le temps politique est un peu long) pour que le Purin d’Ortie et les PNPP soient enfin reconnus par la loi

Après le vote à l’Assemblée Nationale, le Sénat vient à son tour d’adopter en séance du 21 juillet 2014 l’amendement PNPP (Préparations Naturelles Peu Préoccupantes) pour classer les préparations naturelles qui ne revendiquent aucune action phytopharmaceutique en produits «biostimulants» les excluant ainsi de la catégorie des «pesticides» dans laquelle ils étaient injustement catalogués.

Celles qui détruisent directement des pathogènes des plantes et sont déjà autorisées pour un autre usage (alimentation, santé humaine ou animale…) bénéficieront d’une procédure européenne simplifiée qui leur permettra d’être exonérées de toute procédure d’autorisation nationale.

Une lutte menée par l’ASsociation pour la PROmotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (ASPRO-PNPP) pendant plus de 8 années pour qu’enfin, tisanes (infusion de camomille, décoction d’ail…), purins (d’ortie, de prêle, de consoude…), huile de neem, ou encore argile, vinaigre blanc, sucre… toutes ces préparations naturelles qui favorisent la croissance des plantes et les aident à mieux résister à certaines maladies, aux insectes et aux stress climatiques, soient reconnues et étiquetées «biostimulants».

Pour Jean François Lyphout (Président d’ASPRO-PNPP) : « Si la voie pour une véritable alternative aux pesticides nocifs pour la santé et l’environnement s’entrouvre, la « bataille » n’est pour autant pas terminée et l’association ASPRO-PNPP restera très vigilante sur les applications qui seront données à la loi ».

En effet cela s’est déjà vu par le passé : suite à la loi sur l’eau votée en 2006 qui excluait les PNPP de la catégorie des pesticides, les Services du Ministère de l’Agriculture les y avaient pourtant réintégrées par décret puis par ordonnance.

Ainsi, le Parlement vote les lois mais la pression des lobbies, reste très forte auprès de ceux qui rédigent les décrets d’application. En effet, ils pourraient compliquer à l’excès les procédures ou bien restreindre la liste des PNPP entrant dans la catégorie étiquetée «biostimulants», mettant ainsi de nouveaux blocages à la commercialisation et l’utilisation des PNPP.

Aujourd’hui, les paysans qui utilisent déjà les PNPP au risque d’être poursuivis, et ceux qui attendent impatiemment la nouvelle réglementation, ne supporteraient plus ces détournements. Si traiter son blé avec du vinaigre blanc, ses fraises avec de l’huile de neem ou des décoctions de gousses d’ail, ses oliviers avec de l’argile, soigner et protéger ses plantes avec des purins etc, oblige à passer par des procédures trop longues, trop complexes et trop couteuses, les rendant inaccessibles aux paysans, aux jardiniers, aux collectivités locales… Ces formalités seraient considérées comme scandaleuses par les utilisateurs, les consommateurs ainsi que les nombreuses et très diverses associations qui ont apporté leur soutien aux PNPP.

Réduire les pesticides chimiques : c’est devenu plus qu’une nécessité ; c’est le but de la Loi d’Avenir Agricole et c’est la volonté des citoyens.

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